Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 15:54

 

Ce qui est advenu du Contrat Nouvelle Embauche m'inspire quelques réflexions. A aucun moment je n'ai perçu dans ce qu'il convient bien d'appeler un grand désordre, le moindre souffle altruiste, le moindre souci d'appartenir à une patrie, le moindre désir de transcendance ... je n'ai vu qu' égoïsme, appétit de jouissance (qu'il ne faut pas confondre avec le bonheur), mépris de la loi démocratique, refus de l'effort et du risque chez ces adolescents à qui des parents et des maîtres (?) n'ont jamais su rien refuser. Il faut bien dire aussi que nos gouvernants n'ont rien fait pour arranger les choses, ils se sont révélés incapables d'imagination et de courage. Issus pour la plupart d'entre eux – toutes obédiences confondues – de l'Ecole Nationale d'Administration qui fabrique depuis des années des intelligences artificielles stéréotypées et persuadés de posséder seuls l'intelligence absolue, ils songent davantage à durer qu'à gouverner. Résultat lamentable et qui laissera des traces. Ce désastre m'amène à me référer à un texte vieux de plus de 2.300 ans, texte de la vieille Grèce, que je livre à la réflexion de ceux qui voudront bien me lire.

 

«  Je ne déshonorerai pas les armes sacrées.

«  Je n'abandonnerai pas mon camarade de combat là où je monterai en ligne.

«  Je lutterai pour la défense de ce que prescrivent les dieux et les hommes.

«  Je transmettrai une patrie non pas diminuée, mais plus grande et plus puissante dans la mesure de mes forces et avec l'aide de tous.

«  J'obéirai à ceux qui exercent le commandement avec sagesse, aux lois établies.

« Si quelqu'un veut les renverser, je m'y opposerai et les défendrai dans la mesure de mes forces et avec l'aide de tous.

«  Je respecterai les traditions sacrées de nos ancêtres.

« J'en prends à témoins les divinités : Arès, Athéna, Zeus, Héraclès, les frontières de la patrie, ses blés, ses orges, ses vignes, ses oliviers, ses figuiers. »

 

Les éphèbes étaient ces adolescents qui, à Athènes, parvenus à l'âge de 18 ans, étaient inscrits comme citoyens et soumis au service militaire.Si l'on pouvait actualiser ce serment ...

 

J'ajouterai que je ne sens pas bien dans cette France de fin de civilisation, qu'un parfum de latrines vient souvent frapper mes narines. Mon dernier espoir : Sarkozy président de la République et Jean-Pierre président du Sénat mais que d'obstacles à franchir ! Je suis heureux que des jeunes arrivent à l' UMP, ils ont du talent et des convictions, puissent les anciens ne pas trop tarder à leur confier les manettes. Cordialement à toutes et à tous. Lionel

Par Lionel
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 19:18



La cité, c'est le lieu où s'élabore la vie des citoyens; cette vie qui ressemble, lorsque la taille de la ville le permet, à celle d'une famille et on pourrait en déduire que, finalement, la cité est la famille des familles.


A partir de sa fondation, des liens affectifs, un tissu d'habitudes et des traditions s'établissent qui finissent par dessiner un caractère, une spécificité à cette cité et donc par créer une« civilisation », terme difficile à définir parce qu'il contient des éléments concrets et des élément abstraits mais qui met cependant en place une étrange harmonie.


C'est ainsi que les cités s'inscrivent dans l' Histoire et construisent des paradigmes dont l'étude sert notre expérience sans pour autant toutefois nous mettre à l'abri des dangers que la fragilité de tout rassemblement humain porte en lui.


Mais, qu'est-ce donc qu'une civilisation ?


Pas seulement sans doute une succession de dates qui marquent des événement fastes ou néfastes, de guerres faites de victoires et de défaites, de périodes marquées par des hommes fameux, des tyrans et des chefs éclairés portés par des systèmes politiques successifs, des artistes, des savants, des philosophes, des poètes ... qui enorgueillissent nos mémoires et illustrent nos monuments et nos plaques de rues avant de tomber dans l'oubli. Bref, une civilisation, c'est une culture et surtout une cristallisation autour de lois et de coutumes qui régissent les rapports des citoyens entre eux ainsi que les spiritualités qui les animent.


En fait, la vie d'une civilisation ressemble à la nôtre, de la naissance à la mort en traversant la phase éducative, l'apogée et le déclin; c'est une construction forgée à travers les siècles et qui survit à sa disparition par la transmission et la mémoire.


C'est avec un certain recul que les historiens dissèquent et apprécient ces civilisations et tirent les enseignements qu'elles proposent. C'est ainsi que l'on ne peut parler de la Grèce antique sans citer Périclès et de la France sans évoquer le siècle de Louis XIV. Au cours de nos promenades dans le passé nous faisons parfois d'étranges rencontres qui semblent montrer une certaine horizontalité de l'évolution à travers le temps : est-ce bien une simple coïncidence qui fait vivre Confucius et Pythagore (qui ne pouvaient se connaître) à la même époque, au VI° siècle avant notre ère ?


Est-t-il pour autant possible de trouver un sens à tout cela ? L'exemple de ce qui s'est passé ne nous a pourtant pas mis à l'abri des mêmes erreurs qui ont conduit aux mêmes maux qui ont provoqué les mêmes catastrophes comme si les comportements humains étaient immuables.


En ce temps de renouvellement électoral du gouvernement de nos cités, il est temps de nous rappeler les règles du « Bien vivre ensemble » qui créent l'harmonie autour de l'acceptation des différences et d'une tolérance active et de méditer ce qu'écrivait Platon il y a 2500 ans : « ... les hommes politiques ont su procurer à la cité ce dont elle avait envie mais ils n'ont pas su modifier les désirs de leurs concitoyens. Ils n'ont pas su résister aux désirs de la cité et ils n'ont pas fait la politique de persuasion et de contrainte qui aurait permis aux citoyens de s'améliorer. »


Vous me direz qu'il est bien optimiste (et irréaliste) de croire que ce programme puisse un jour s'appliquer; je vous répondrai en citant la devise de Guillaume d'Orange (dit pourtant « Le Taciturne ») : « Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »


CITE – CITOYEN – CIVISME – CIVILITE – CIVILISATION, autant de termes qui font référence au besoin qu'ont les hommes à se rassembler, pour circonscrire la peur, pour apprivoiser leur propre disparition mais aussi – pourquoi pas – pour se respecter et s'aimer.



Lionel LEVESQUE

Vice-Président


en charge de la solidarité

et du civisme









Par Lionel
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 18:52



Qu’est-ce que l’homme fait sur terre ? A cette question, nous sommes la première civilisation qui doit répondre : je ne sais pas. Ainsi parlait Malraux que je cite de mémoire. A vrai dire, nous ne sommes pas tout à fait la première ca r les anciens grecs se trouvaient dans la même situation que nous avec la décadence des mythes et l’avènement des grands sophistes contemporains de Périclès. Cette référence est importante; les Grecs ont cherché la réponse dans la raison et la catastrophe serait que l’humanité demain se réfugie dans l’irrationnel. Et le retour du religieux qu’on nous promet sera une calamité s’il n’est que le refuge d’une raison frustrée.


C’est la recherche d’une cohérence du monde, la recherche du sens qui pousse notre réflexion à rechercher le sens caché des choses.


L’exotérique, c’est la face visible, tout ce qui est enseigné publiquement, tout ce qui fait l’objet de la science officielle; l’ésotérique, c’est tout ce qui est réservé aux seuls initiés, la face invisible et cachée.


Comment concilier l’exigence de rationalité et l’exploration de l’inconnu, telle est la problématique qui se pose au chercheur. Passer de l’immanent à l’ineffable, en quelque sorte. La franc-maçonnerie symboliste est une des clés de cette recherche car elle oppose, dans sa quête, le langage analogique au langage formel.


Nous vivons dans un monde où bataillent sans cesse lumières et ténèbres. Les lumières aveuglent : on ne voit rien; les ténèbres confondent : on ne voit rien. Comment voir, pourquoi ces lueurs, pourquoi ces ombres, pourquoi ce jeu de blanc et de noir évoqué en loge par le pavé mosaïque ? Et d’où vient ce bonheur qui nous assaille quand on reconnaît les choses ?


Silence du monde, brutalité des hommes, c’est notre premier contact avec la réalité. Mais si la nature se tait, du moins est-elle là, en pierres, en plantes, avec ses pluies, ses aurores; si les hommes utilisent leurs forces et leurs inventions contre eux-mêmes, du moins dispose-t-on d’institutions comme les langues, les techniques, la philosophie, l’art ...


D’une part, on est lésé par une nature pourtant féconde qui ne répond pas à nos désirs, ne satisfait pas à nos questions; d’autre part, on est accablé de mensonges et d’injustices par nos “frères”, pourtant socialisés.


Le monde qui nous entoure vibre de signes qu’on ne comprend pas, l’humanité fourmille de bourreaux qu’on ne s’explique pas.


Silence du monde, la couleur du fruit ne dit pas à notre corps affamé s’il est ou non empoisonné. Le retour des saisons ne nous apprend pas la réincarnation des âmes.La disposition des pétales sur la rose ne nous parle pas d’un Dieu créateur, pas plus qu’elle ne démontre l’athéisme. Le travail de l’abeille dans sa ruche ne nous conseille pas d’agir ou non comme elle dans notre société. Les planètes tracent des ellipses sans dessiner des lettres. Les oiseaux chantent sans donner un message ...


Qui peut prétendre cependant que la nature se réduit à un amas d’atomes en mouvement sans signification ? Quand bien même ce monde n’aurait aucun sens, l’homme continuerait à se poser la question du sens. La question du sens n’aurait-elle elle aussi aucun sens ? L’attitude du matérialiste qui nie tout et celle du croyant qui explique tout par la foi du charbonnier et, quand il ne sait plus dit “c’est un mystère”, ne réussissent ni l’une ni l’autre à nous satisfaire et à nous faire oublier ce silence qui provoque et qui dure.


L’éveil à l’ésotérisme, c’est se mettre à l’affût de significations à l’intérieur des signes comme un chasseur qui se demande si le bruit qu’il entend vient de son imagination ou s’il signale un gibier. La conscience cherche un corps de chiffres dans le chaos des signes, dans la diversité, elle cherche un ordre et une intelligibilité intrinsèque, et, ce faisant, elle invente l’analogie par l’usage du “comme”. Mars est rouge comme le sang, le soleil est brillant comme l’or, la lune a un cycle de 28 jours comme la femme. Ce “comme” traduit-il une comparaison superficielle ou traduit-il une profonde analogie ? La démarche ésotérique nécessite la fouille méthodique du labyrinthe et, d’abord, de notre labyrinthe intérieur (le silence de l’apprenti).


Ainsi commence le parcours initiatique. Ce parcours n’aura pas de fin, pas de réponse; pour le pèlerin, ce n’est pas le but qui compte, c’est le chemin.


Affirmer que notre existence a un sens ne veut rien dire si l’on ne décèle pas un sens élémentaire dans la plus petite chose qui nous constitue et dont l’origine se confond avec celle de l’univers, car nous sommes aussi vieux que lui; les atomes de notre corps ont 15 milliards d’années comme lui. A la question de Leibniz “pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien”, on ne peut répondre qu’en considérant d’innombrables pourquoi qui s’emboîtent les uns dans les autres comme des poupées russes.


Encore faut-il s’entendre sur le sens d’un “instant zéro”. Comme le dit Hawking, l’espace-temps est “sans bords”. L’univers n’a pas d’extérieur. L’histoire de l’univers ne connaît aucun “avant”. Le prétendu point de départ d’il y a 15 milliards d’années ne se situe sur aucun référentiel. L’univers n’a pas de dehors et on ne saurait parler d’un au-delà de l’espace. L’ailleurs, le dedans et le dehors sont des dimensions exclusivement intérieures à l’espace; l’avant et l’après sont constitutifs du temps.


La physique quantique bouleverse le champs des pourquoi mais elle ne contredit pourtant pas la table d’émeraude et le vieil axiome hermétique : “Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas”. Et la théorie quantique nous oblige à abandonner notre conception de l’espace-temps puisqu’elle contredit ce qu’Einstein considérait comme une réalité démontrée, à savoir qu’aucune information ne pouvait circuler plus vite que la lumière. Nous savons maintenant que la coordination entre “particules” corrélées est instantanée, quelque soit la distance. Les “particules”établissent entre elles une communication qui demeure énigmatique pour nous car elle se joue des barrières de l’espace et du temps. C’est comme si quelque chose de l’avenir pouvait surgir dans le passé, serait-ce l’éternité ?


Vous le voyez, mes Frères, la recherche n’est plus cohérente avec nos vérités révélées, nos dogmes et autres catéchismes; elle est, de ce fait, ésotérique.


Entre le hasard et le déterminisme, il y a sans doute un sens caché que l’on pourrait appeler “hasard préférentiel” selon l’expression de Teilhard de Chardin.


Mais le chemin de la connaissance est long et périlleux. De tout temps, en effet, l’ésotérisme a été assassiné, bâillonné, blâmé, ridiculisé, proscrit, anathématisé, martyrisé, déformé.


Première disposition contre l’ésotérisme : la répression. Une forme en est l’interdiction, d’où qu’elle vienne.


La franc-maçonnerie - et ce sera là ma conclusion - a été réprouvée par la papauté dès 1738 (puis en 1751, 1821, 1873, 1884) par la bulle pontificale “in eminenti”, sous Clément XII à un moment où elle devenait ésotérique grâce au chevalier de Ramsay : “Condamnation de la société ou des conventicules vulgairement nommés liberi muratori ou francs massons” - sous peine d’excommunication de plein droit dont l’absolution, sauf à l’article de la mort, est réservée aux souverains pontifes; le catharisme a été interdit par l’Inquisition, mieux, l’Inquisition a été créée contre les cathares, pour eux en quelque sorte, en 1231 par Grégoire IX; le compagnonnage a été interdit par la faculté de théologie de Paris, en Sorbonne, en 1655, à cause de “pratiques sacrilèges et superstitieuses”.


Fils de la lumière depuis la nuit des temps, fils de la lumière jusqu’à la fin des temps, nous, pauvres chevaliers de l’éternelle quête vers l’inaccessible étoile, de mort en résurrection, de vie en mort, nous sommes condamnés à ne pas savoir, mais à transmettre l’espérance, elle qui resta seule dans le sac de Pandore au moment de la grande dispersion. C’est le sens de ces vers de Gérard de Nerval :


La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance

Au pied du sycomore ou sous les lauriers blancs

Sous l’olivier, le myrte, ou les saules tremblants,

Cette chanson d’amour qui toujours recommence.”







Par Lionel
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 18:32

L'étude des grands textes nous ramène toujours à l'essentiel et nous fait aimer la démocratie bien comprise qui nous apporte rigueur et douceur de vivre dans la pratique des règles que nous nous sommes données, le sens des responsabilités qui procure liberté et bonheur, l'amour de la justice et le respect d'une hiérarchie qui se respecte elle-même.


Aujourd'hui l'accélération médiatique conduit à faire reposer la justice sur l'opinion (la « doxa »). L'opinion toutefois est une pensée non réfléchie, non raisonnée qui se fonde sur les apparences, sur les impressions, sur l'émotion. Elle est de l'ordre du ressenti, soumise au hasard, simple amusement ou bavardage; elle relève plus du plaisir de parler que de la rigueur de la pensée, c'est une pensée changeante, une opinion influençable et versatile. Elle peut être unanime et passionnée dans le moment et inverse dans le moment qui suit.


Cependant, il n'existe pas de véritable liberté sans rigueur comme le démontre cette promenade dans le passé à laquelle je vous invite : nous sommes à Athènes au cinquième siècle avant JC, Socrate vient d'être condamné à mort par les archontes pour cause d'impiété*. Ses disciples révoltés par une sentence qu'ils jugent inique le pressent de fuir. Un navire prêt à appareiller attend dans le port du Pirée pour le conduire dans une de ces multiples îles grecques où il se fera oublier en attendant des jours meilleurs.


Criton qui avait organisé l'affaire s'était posé une seule question : comment arranger la fuite. Pour Socrate, le problème est tout autre. Il n'est pas « comment s'enfuir » mais « faut-il s'enfuir ». En d'autres termes, est-il permis au citoyen de juger la justice, de faire la propre estimation de sa culpabilité et de rechercher ensuite tous les moyens dilatoires propres à échapper à la justice.


Socrate, sans hésiter, sans restriction mentale d'aucune sorte répond NON. Dans la célèbre prosopopée, il imagine un dialogue avec les lois. « ... n'est-ce pas nous qui avons présidé à l'union de ton père et de la mère ainsi qu'à ta naissance ? ». A cette question la réponse affirmative conduit à conclure que le respect des lois est encore plus impératif que celui des parents et à faire l'apologie de la patrie : « ... ta sagesse va-t-elle jusqu'à ignorer que la patrie est, aux yeux des dieux et des hommes sensés quelque chose de plus cher, plus respectable, plus auguste qu'une mère, un père et tous les dieux ? Qu'il faut faire tout ce qu'elle ordonne et souffrir sans murmure tout ce qu'elle commande, que notre devoir est de lui obéir, que la justice le veut ainsi, que partout il faut faire ce qu'ordonnent l' Etat et la patrie ».


Ce discours vieux de 2500 ans n'a pas pris une ride car il pose la question essentielle du fondement de la morale qui ne peut être recherché que dans l'unité d'un principe nécessaire et permanent. Si ce principe ne peut pas se trouver dans l'opinion, c'est que celle-ci ne résulte que de la multiplicité des principes, du fait de leur irrationalité car, s'il y a autant de principes qu'il y a d'hommes, autant de principes qu'il y a de circonstances, autant dire qu'il n'y a pas de principe du tout et qu'en fin de compte, la morale est dépourvue de fondement.


Il n'y avait pas chez les anciens Grecs de différence essentielle entre l'homme et le citoyen et, par voie de conséquence, pas de différence non plus entre morale et politique. C'est la notion d'harmonie, issue elle-même du Cosmos** qui règle à tous les niveaux l'équilibre entre les êtres. De même que le Cosmos est ordonné selon des lois stables et rationnelles, de même la Cité doit reproduire cette stabilité et cette rationalité des lois, et l'homme juste est celui qui, en se conformant à cet ordre, établit en lui harmonie et justice. Le rapport entre l'homme et la Cité n'est pas pensé en terme de conflit. L'homme est citoyen, il est homme dans la mesure où il est citoyen.


En ce début de troisième millénaire, nous sommes très loin de cette conception d'une justice à la fois rationnelle et transcendante. Lorsque Socrate s'adresse à Calliclés qui représente dans le « Gorgias » le type même de l'homme politique corrompu et soucieux de ses seuls intérêts, il lui dit en effet : « ... ils (les hommes politiques) ont su procurer à la Cité ce dont elle avait envie mais ils n'ont pa su modifier les désirs des citoyens. Ils n'ont pas su résister aux désirs de la Cité et ils n'ont pas fait la politique de persuasion et de contrainte qui aurait permis aux citoyens de s'améliorer ».



* - l'impiété ne s'appliquait pas aux dieux mais au respect de la Cité.


** - Cosmos signifie Ordre.

Par Lionel
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 18:27

Les Grecs ont tout inventé ! Et notamment la mythologie (de muthologia qui assemble muthos : parole exprimée et légende, fable par opposition à logos : parole en général, discours).


Pour répondre à cette question : qu'est-ce que l'homme fait sur terre, nous sommes la première génération qui doit répondre « je ne sais pas ». A vrai dire, nous ne sommes pas la première car les Grecs antiques se trouvaient dans la même situation à l'époque de Périclès, âge d'or de leur civilisation. Personne en effet ne croyait plus aux référents mythiques et l'avènement des grands sophistes sonnait le glas d'une explication du monde qui ne suffisait plus. Les Grecs cherchèrent alors la réponse dans la raison. La réponse irrationnelle en effet ne peut être que symbolique et le retour du religieux qu'on nous promet serait une calamité s'il n'était que le refuge d'une raison frustrée.


A coup sûr, notre société occidentale est malade en raison du même essoufflement des religions monothéistes qui s'agrippent à une explication rationnelle de l'irrationnel. Au moment en effet du passage du monde païen (entre 312 et 394 après JC, selon Paul Veyne) il y eut récupération systématique des mythes primordiaux qui furent mutilés, broyés, détournés de leur sens au point de les rendre progressivement inintelligibles.


Les Grecs avaient identifié puis codifié la religion egyptienne puis créé la première religion rationnelle adogmatique, les dieux de l'Olympe servant d'intermédiaire entre l'homme et l'inconnaissable, déchargeant l'angoisse existentielle, assumant conjointement avec l'homme les méfaits du destin.


La pensée judéo islamo chrétienne est venue culpabiliser l'homme par l'idée de punition et de récompense après la mort terrestre, subordonnant l'une à l'autre à une série d'interdits et de prescriptions formels. Le message christique, message d'amour s'est trouvé peu à peu oblitéré par l'intolérance des clercs. Ce ne sont plus les dieux qui sont coupables lorsque le malheur s'abat sur la cité, c'est l'autre, le bouc émissaire.


L'humanité historique a traversé quatre ères zodiacales : le taureau (totem de l'Egypte à son apogée, le dieu boeuf Apis), le bélier (mouton substitué à Isaac par Yaweh au moment où son père Abraham s'apprête à le sacrifier), les poissons de l' ère chrétienne qui vient de s'achever dont les symboles sont les deux poissons signe de reconnaissance des premiers chrétiens, les 153 poissons de la pêche miraculeuse au lac de Tibériade.


Hésiode, dans Les Travaux et les jours décrit les âges successifs de l'humanité, ceux qui lui sont antérieurs comme ceux qui succéderont à sa propre existence.


L' ère que nous abordons est celle du Verseau et c'est donc sur le temps présent et sur les temps à venir que je vous invite à réfléchir avec moi.


Pour bien comprendre le processus de mutation d'une société toute entière, il faut observer à travers soi-même la mutation personnelle qui résulte de l'initiation telle qu'elle est proposée à l'adepte, que celui-ci soit né à Delphes au cinquième siècle avant l' ère chrétienne où qu'il vive en Europe à notre époque son aventure dans une loge maçonnique qui travaille convenablement.


Pour utiliser un langage symbolique, je dirai qu'il faut passer de Narcisse à Ganymède.


Explorons le mythe :


Narcisse, personnage mythologique, fils de fleuve Céphise et de la nymphe Liropé, dédaigna la nymphe Echo qui, se désséchant d'amour pour lui, fut changée en rocher et ne garda que la voix. Lui-même se noya en contemplant dans l'eau son visage dont il était épris au-delà de tout et fut changé en la fleur qui porte son nom et qui, depuis, se reflète dans l'eau à la belle saison pour dépérir à l'automne.


Ganymède, descendant de Dardanos le fondateur de Troie, fils de Tros roi de Troie et de la nymphe Callirhoée, était le plus beau de tous les mortels. Zeus en tomba amoureux et se changea en aigle pour le prendre dans ses serres et le ravir dans les cieux. Ayant acquis l'immortalité, Ganymède devint l'échanson des dieux; avec Hébé, il leur versait l'ambroisie.


Que nous dit cette légende ?


Pour Narcisse, que c'est en fracassant le miroir, en oubliant sa propre image, que l'on devient soi-même.


Pour Ganymède, que c'est le regard de l'autre qui nous transforme.


Que l'amour (Eros) et la mort (Thanatos) sont indissolublement liés et qu'ils interviennent dans notre destinée au gré du destin.


Appliquons cette histoire symbolique à notre société contemporaine.


Notre société est égoïste. Dans les conversation quotidiennes, trois mots reviennent souvent lorsque l'on parle des difficultés ou des malheurs de l'autre : « c'est son problème ... ».


Nous avons confondu le bien vivre et la consommation des biens matériels avec le bonheur en soi. Nous avons décliné le verbe avoir et occulté le verbe être. Nous sommes inquiets sur nos capacités à apprendre et à enseigner. La possibilité de sauvetage en cette époque de crise des repères et du sens de la vie ne peut trouver de solution toute faite.


Puisque la conscience ordinaire, celle de la vie de tous les jours, est l'écran du petit soi local sur lequel s'inscrivent toutes choses, il s'ensuit que la laisser s'éteindre équivaut à mourir au soi et au monde ordinaire.


C'est mourir dans le sens habituel mais d'un autre côté c'est s'éveiller en découvrant que le « je », le soi le plus vrai pénètre l' univers et tous les autres êtres.


C'est donc bien passer de Narcisse à Ganymède et, ce faisant, entraîner les autres avec nous, comme le dit notre rituel du premier degré : « achever au dehors l'oeuvre commencée dans le Temple ».


De Narcisse à Ganymède

De l'épreuve de l'eau à l'épreuve de l'air

Des religions dogmatiques aux religions symboliques

De la contemplation de soi-même à la connaissance de soi

De l'indifférence à la sympathie (compassion)

De la croix linéaire à la croix cubique

De l' ère des poissons à celle du verseau

De Narcisse à Ganymède


Il nous faut inventer de nouveaux signes. Le sens des mots est-il une réalité irréductible à la forme ou seulement une apparence dérivée ? Le signe est cette réalité matérielle à laquelle une communauté attache une signification. Il n'y a pas de signe dans la nature, c'est l'esprit humain qui les crée. Selon la Genèse, quand Noë sortit de l'arche, le Seigneur lui donna l'arc en ciel comme signe de son alliance. L'arc en ciel existait avant mais il se trouve dès lors chargé d'une signification pour les Hébreux : « Toutes les fois que je verrai cet arc, je me rappellerai l'alliance que j'ai conclue avec vous ».


La science a-t-elle un sens ? Quand nous parlons d'électron, utilisons-nous un mot ou bien ce signe représente-t-il une réalité ? Si le langage de la science n'est fait que de mots, comment faut-il lire la phrase de Galilée « la nature est écrite dans le langage des mathématiques » qui n'est en somme que la confirmation du mot de Pythagore «  tout est construit sur le nombre ».


L'homme peut-t-il vivre dans le non sens ? « Il a d'abord besoin de signification » a écrit Paul Ricoeur. D'où viendra cette signification si la science ne peut la donner ? La science porte en creux la métaphysique qui sera sans doute la grande aventure de demain. La science seule ne répond pas aux questions que l'homme peut se poser sur le sens de son existence. Il ne peut trouver de réponse qu'en dehors de la science, là se trouve une porte sur la métaphysique ou les spiritualités, il y a un en dehors de la science.


Notre rite écossais est une réponse possible, il est riche d'ouvertures symboliques sur le monde de demain. La cosmogonie de la Loge nous invite à découvrir un espace total non fermé, un univers où le centre est partout et la circonférence nulle part. De l' Orient à l' Occident, du midi au septentrion, du zénith au nadir, il n'y a pas de limites comme est suggéré ainsi qu'il n'y a pas de limites à la recherche de la vérité.


Dans son syncrétisme le rite a également récupéré le grand oeuvre alchimique qui n'est autre que la construction (au sens des bâtisseurs opératifs et spéculatifs) de l'être, de la loge, de l'univers par des opérations interactives et consubstantielles. L'artiste parfois par son génie et sa démesure l'exprime comme l'a fait Dali, visionnaire dans son christ spatio temporel.


Le rituel du premier degré nous invite au silence et à la méditation, il nous met en garde contre les images complaisantes que nous nous faisons de nous-mêmes (Narcisse) et nous propose de quitter le monde du paraître pour pénétrer le domaine de l' Etre.


C'est au deuxième degré que le compagnon découvre l'autre. Il ne pourra l'aimer que sens du terme « Agapè » que s'il a brisé le miroir de sa propre image et agrégé sa différence. Comme le dit si justement Albert Jacquard, « il s'agit de reconnaître que l'autre nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable ».


C'est enfin au troisième degré que le Maître prendra la mesure de sa dimension cosmique, faisant sienne cette réflexion de Plotin : « Je m'efforce de faire se rejoindre ce qu'il y a de divin dans le Tout » et sans doute aller plus loin avec Alexis Carrel, athée sublime, converti à la spiritualité par la réflexion. Ecoutons-le parler de « ... ce Dieu si abordable à qui sait aimer ... qui se cache à celui qui ne sait que comprendre, c'est pourquoi la prière trouve sa plus haute expression dans un essor de l'amour à travers la nuit obscure de l'intelligence ».


Nous ne ferons pas passer notre bulle sociétale de Narcisse à Ganymède si nous continuons à raisonner avec notre raison pure. Dans ce changement radical de paradigme Descartes et Kant ne nous seront d'aucun secours. Seul Platon sans doute et non sans humour nous montrera l'éternel chemin d'accès à la vérité. Souvenons-nous de ce passage de La République, « Comment expliquer ce que peut être une société quand on est incapable de définir la justice ? ». Appliquons-nous donc à explorer ce monde dont nous n'avons pas de définition.


Pour conclure sur un rêve, rêve de bonheur et de chaleur en cette nuit de passage au solstice d'été qui rappelle le mot de Jean le Baptiste parlant du Christ : « Il faut que je décroisse pour qu'il croisse ». Christ est Apollon, il est le Soleil, sol invictus ! Pour conclure avec Edgar Morin qui nous dit dans sonParadigme perdu : « la richesse d'un groupe est faite de ses mutins et de ses mutants ». J'évoquerai aussi Karl Pibram, neurophysiologiste contemporain lorsqu'il s'interroge à haute voix : « Et si le monde était un hologramme ? ».


Alors, notre cerveau aussi fonctionnerait-il comme un hologramme, alors l'univers tout entier serait vraiment comme l'ont dit des religions orientales « maya », une apparence magique. Sa matérialité est une illusion, comme l'était la caverne de Platon. Un monde organisé dans le domaine des fréquences, sans espace ni temps, avec seulement des évènements ...


ET NOUS, NOUS CONTINUONS DE CONTEMPLER LES OMBRES PROJETEES SUR LES MURS DE NOTRE CAVERNE INTERIEURE, ALORS NOUS AVONS ENVIE DE CRIER :


DIEU EST INTERACTIF !



















Par Lionel
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